Vira ; punie pour avoir été victime

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1–2 minutes

Vira signifie la deuxième fille dans sa langue maternelle. Aujourd’hui elle est dans la vingtaine. Nous l’avons croisée, assise au bord du lac, elle regardait l’horizon sans vraiment le voir. Son histoire ressemble à celles de nombreuses femmes dont les blessures restent visibles. A son jeune âge, elle a vécu l’abandon, la précarité et les violences dans l’indifférence du monde autour d’elle.

Vira est deuxième dans une famille de 6 enfants. Sa mère, célibataire, élevait seule ses six enfants mais lorsque le VIH l’emporte, Vira n’a que neuf ans. Comme à l’accoutumé, les membres de la famille se partagent les enfants. Vira rejoint la famille de son oncle en ville (c’est le cousin de sa défunte mère). Mais dans cette maison, elle n’est pas accueillie comme une enfant mais comme une servante. Elle ne va pas à l’école, c’est elle qui s’occupe de toutes les tâches ménagères. Certains jours, elle est même privée de nourriture. Chez son oncle il y a des grandes filles mais Vira reste la main d’œuvre bénévole au service de tous. C’est dans ce contexte de vulnérabilité, qu’un de ses cousins, dix ans plus âgés, lui propose un marché totalement indécent. Nous allons l’appeler Bobby. Bobby montre une fausse empathie à Vira et propose sa protection en échange de quelques moments de plaisir. Comme dans beaucoup de foyers, les garçons devenus adultes dormaient dans une annexe aménagée au fond de la cours, à l’écart de la maison principale. C’est dans cette chambrette communément appelée ghetto, que Vira se faufilait discrètement pour aller rejoindre son cousin, persuadée que c’était le prix à payer pour être protégée des embêtements dans la maison de son oncle. Au bout de deux environ, ils sont surpris. Tout le monde est au courant que Vira n’est plus vierge à 11 ans. La femme de son oncle la bat à mort, elle lui met du piment dans les parties intimes pour la punir et la chasse de chez elle quelques jours après. Bobby lui est simplement grondé. Aux yeux de tous, ce n’est pas l’agression qui est condamnée mais le fait Vira ait laissé Bobby la toucher.

L’enfant que personne ne veut assumer …

Vira retourne au village à la recherche de son père mais là aussi les portes se ferment. Son prétendu père refusait de la reconnaitre accusant sa défunte mère d’avoir eu plusieurs partenaires. Sans soutien ni foyer, à 12 ans, Vira rejoint un groupe des jeunes filles qui survivent en vendant des services sexuels. Quelques années plus tard, elle atteint 16-17ans, la guerre éclate dans la zone où elle vivait. Vira comme beaucoup d’autres milliers de personnes est contrainte de se déplacer. Elle débarque chez sa sœur ainée dans une autre ville sans prévenir. Sa sœur est enceinte et l’accueille car elle avait besoin de quelqu’un pour l’aider étant donné sa fragilité. Mais le beau-frère ayant tout appris sur la vie de Vira, il en a profité pour passer quelques moments intimes avec elle contre de l’argent. Sa sœur la jette dehors l’accusant de tenter de lui voler son mari. Elle va de maison en maison chez des familiers mais personne ne la supporte parce qu’elle est vue comme une fille « de mauvaise vie ». Epuisée par des années d’errance, Vira se réfugie dans les bras d’un jeune homme qu’il a rencontré dans une soirée. A ses 21ans, pour la première fois elle espère construire quelque chose de stable avec un homme. Au début les sentiments sont réciproques, le jeune promet de verser sa dot dans quelques mois mais un obstacle s’invite : Vira ne parvient pas à tomber enceinte. Peu à peu l’amour laisse place aux insultes, humiliations et violences. Son compagnon la compare à d’autres femmes. Le jeune homme qui était prêt à passer la bague au doit de sa chérie montre un autre visage, soutenu par sa famille qui estime qu’il ne peut pas épouser une femme « stérile ». Il lui a lancé un ultimat de six mois pour tomber enceinte, faute de quoi il la mettra à la porte. Accablée par cette nouvelle épreuve, Vira se tourne vers la prière. Elle espère y trouver la solution pour surmonter tout son malheur.

L’histoire de Vira nous rappelle qu’une vie ne bascule pas en un seul jour. Ce sont souvent les premiers silences qui ouvrent la voie à des années de souffrance. Avant de juger une trajectoire, regardons parfois le point de départ.

La rédaction

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